Histoire du Shiatsu

Le Shiatsu est un art manuel thérapeutique qui a été développé au Japon. Si ses racines sont à chercher du côté de la Chine ancienne et même de l’occident, le résultat est une technique typiquement japonaise. Le Shiatsu combine l’ancien massage japonais appelé Anma, le Do-in (un ensemble d’exercices thérapeutiques) et des influences occidentales d’anatomie et de thérapie physique (ostéopathie et physiotherapie). La raison de cette dernière influence est la présence des Européens et Américains sur le sol nippon, notamment après l’ouverture forcée du pays en 1853.

Tout comme les autres formes de thérapies corporelles asiatiques, le Shiatsu est basé sur les principes de la médecine traditionnelle chinoise (MTC), introduite au moins depuis le 7ème siècle au Japon. En cela elle utilise les principes du Yin et du Yang, des 5 éléments et des trajets de l’énergie qui suivent les méridiens d’acupuncture. La MTC comprend de nombreuses branches dont l’acupuncture, la diététique, l’herboristerie, mais aussi le massage, appelé Anmo Tuina, Anma en japonais.

Bien que le Shiatsu se targue de ses racines anciennes, il prend sa forme caractéristique au 20e siècle. Pendant cette période, le Japon était très largement ouvert aux idées de l’Occident, plus que la Chine qui subissait une occupation coloniale à cette même période. Deux éléments historiques vont forger le Shiatsu moderne et lui donner sa forme actuelle. La première est la présence du massage Anma sur le sol japonais depuis le 17ème siècle.  La deuxième est l’apparition, dans ce contexte d’ouverture à l’occident, des grands fondateurs du Shiatsu.

L’Anma et la guilde des aveugles

Au Moyen-Âge, les aveugles avaient créé une guilde : la Tōdō-za (lit. « la guilde à notre façon »), basée à Kyōtō. Cette guilde soutenait les activités économiques des aveugles et se mêlait aussi de politique. Au XVI et XVII° siècles, la guilde grandit rapidement et devint puissante notamment grâce au métier de prêteur sur gages. Leur réputation concernant les échanges monétaires et le repérage de la fausse monnaie était bien établie et la guilde devint riche et puissante au moment où les Tokugawa régnaient, notamment parce que les nobles s’établirent de plus en plus dans les grandes villes et parce que les samouraïs s’appauvrirent, n’ayant plus de batailles à mener à la suite de l’unification du pays. Il fallait de l’argent pour tout ce monde-là, argent que l’on prêtait entre 30% et 60% de taux d’intérêt.

Wa’ichi Sugiyama (1614-1694), considéré comme le père de l’acupuncture moderne est également grand dirigeant de la Tōdō-za. Après avoir étudié l’acupuncture et le massage Anma, Sugiyama médita 100 jours dans une grotte et eut une illumination pour ne jamais rater l’insertion d’une aiguille: il créa un tube d’insertion (une simple feuille enroulée sur elle-même) dans laquelle il glissait une aiguille. Puis il tapotait dessus, ce qui provoquait une insertion sans douleur et très stable. De plus il développa des aiguilles très fines en or ou en argent et devint un expert national en Shinkan (diagnostic oriental).

Portrait de Wa’ichi Sugiyama

Au fil du temps, l’acupuncture japonaise s’est ainsi développée de manière sensiblement différente à l’acupuncture chinoise. De plus, les acupuncteurs aveugles avaient la réputation d’être très sensibles de leurs mains et de savoir où poser exactement les aiguilles.

Les aveugles excellaient également dans le massage grâce à leur sensibilité tactile. Le massage Anma fut autorisé pour les aveugles, car il demandait moins d’études que l’acupuncture.

Cependant, les masseurs médicaux devaient, eux, faire de longues études et lire nombre d’ouvrages. C’est ainsi que se créa deux types de masseurs Anma : les masseurs classiques pratiquants le Kōhō-Anma (Anma ancien) et les masseurs Anma aveugles. La guilde comprit immédiatement que dans une société en paix, qui s’enrichit, et où les loisirs devenaient plus importants que la simple survie, le masseur aveugle pouvait tout à fait concurrencer les masseurs classiques. Leurs avantages étaient simples : ils se déplaçaient dans les rues, jouant du pipeau pour attirer l’attention en criant « Anmashi, anmashi » et allaient chez les gens au lieu qu’ils aient à se déplacer dans un cabinet médical. De plus, ils étaient moins chers que les professionnels de santé.

Leur succès fut fulgurant au point qu’à la fin de l’ère Tokugawa (milieu 19ème, début 20ème), 80% des aveugles vivaient du massage et il y avait tant de masseurs aveugles dans les rues, que les sifflets de leur pipeau étaient vécus comme une nuisance sonore.

Anmashi jouant du pipeau pour appeler la clientèle

Cependant, la qualité des massages, excellente à l’époque de Sugiyama, décrut petit à petit. Nombre des masseurs aveugles faisaient le minimum et étaient surtout réputés pour faire s’endormir le client le plus vite possible, afin d’arrêter de travailler, attendant qu’il se réveille pour demander son dû. Il existe même un dicton moqueur qui disait « quand le client commence à ronfler, l’anmashi s’illumine ».

 En 1900, devant l’influence grandissante des techniques occidentales, le gouvernement décida de légiférer pour protéger l’Anma, qui devint alors la chasse gardée des aveugles pour leur talent à la palpation et au massage.

Le développement du Shiatsu

Au début du 20e siècle, Tenpeki Tamaï est le premier à appeler son art Shiatsu, afin de se distinguer du milieu de l’Anma.

Il forme notamment Tokujiro Namikoshi qui fonde en 1940 – à la veille de la guerre –  le Japan Shiatsu College. Après la Seconde Guerre mondiale, MacArthur interdit tous les arts japonais traditionnels, dont l’Anma et le Shiatsu qui faillirent disparaître. Mais l’association des aveugles japonais sollicita l’aide d’Helen Keller, qui écrivit au président Trumann. Ce dernier autorisa l’Anma et le Shiatsu à reprendre leurs activités.

Tokujiro Namikoshi s’engagea alors corps et âme pour la reconnaissance officielle du Shiatsu au Japon, en mettant notamment en avant le travail sur les structures anatomiques occidentales: muscles, os, système nerveux.

Grâce à son engagement, le Shiatsu fut reconnu dès 1960 par le Ministère de la Santé japonais comme une médecine à part entière.

Il forma des milliers de praticiens, dont Shizuto Masunaga et tous les grands diffuseurs de cette technique à travers le monde par la suite Aujourd’hui, malgré la multiplicité des courants et des styles de Shiatsu, le Japan Shiatsu College de Tokyo reste encore la référence mondiale du Shiatsu pour la formation (cursus de 2000 h) et la qualité de ses enseignants.

Shizuto Masunaga de son côté mit l’accent sur les racines MTC du Shiatsu, en insistant sur l’énergie des méridiens et la théorie des 5 éléments.

Étant lui aussi influencé par les thérapies occidentales et ses études universitaires (il fut professeur de psychologie à l’Université de Tokyo), il ajouta à la MTC les notions de psychologie, de relations avec le système émotionnel et de développement spirituel (d’influence bouddhiste), ce qui donna le Zen Shiatsu. Il fonda l’école IOKAI, présente en Europe encore aujourd’hui.

De son côté, Ryuho Okuyama, autre fondateur important du Shiatsu, fut formé par un médecin en Médecine traditionnelle du Japon (MTJ).

Enfin la dernière personne à avoir influencé les bases du Shiatsu est Katsusuke Serizawa. Il fut étudiant de Shiatsu, de MTC et de thérapie corporelle.Il se passionna surtout pour la recherche d’explications scientifiques à l’énergie dans les méridiens et l’étude précise des Tsubos (points d’acupuncture). Sa branche s’appelle Acupressure Shiatsu.

Grâce à un ensemble d’étudiants de haut niveau, cette technique s’est ensuite diffusée sur chaque continent, en commençant par les États-Unis. Parmi ces « diffuseurs » on peut retenir le fils de Namikoshi (Toru), Kobayashi Akitomo, Yuichi Kawada, Akinobu Kishi, Wataru Ohashi, Shigeru Onoda, Kazunori Sasaki, et bien d’autres. Grâce à eux, le Shiatsu est sans doute la thérapie asiatique la plus connue – en Europe et aux États unis – et qui jouit de la plus grande réputation auprès des États comme du public. En 1997, le Shiatsu a été reconnu par l’Union européenne comme l’une des 10 médecines complémentaires les plus bénéfiques pour la santé.

Source : Ivan Bel, articles sur les origines du Shiatsu, blog Ryoho Shiatsu

Origine de quelques notions de base

Au cours des siècles qui précèdent l’ère chrétienne, la pensée chinoise évolue de façon marquante. Elle développe alors une vision du monde plus organisée et systématique, qui est décrite par les théories du Yin/Yang et des 5 éléments (ou mouvements). On passe ainsi d’une vision magique des phénomènes (cycle vie/mort, saisons, catastrophes, maladies etc.) à des lois et des cycles déterminés par la Nature. Le cosmos est perçu comme un tout qui s’auto-produit et s’auto-régule.

Le QI ou CHI

Une analyse rapide de la graphie 氣 nous montre de la vapeur 气 au-dessus du riz 米, qui donne une traduction étymologique très réductrice, « énergie produite par l’absorption du riz », exprimant l’idée que le Qi est produit par l’air et l’alimentation.

Le Qi reste difficile à traduire, car son sens a évolué tout au long des époques, au gré de l’influence de différentes écoles de pensée. L’interprétation du Qi en termes d’énergie reste propre à l’Occident, car elle n’apparaît jamais dans les textes chinois qui en restent, eux, à l’idée d’un souffle ou d’une essence, c’est-à-dire quelque chose qui anime et qui informe.

Le Qi en tant qu’origine de toute chose : au premier moment du cosmos aurait existé une forme indifférenciée, nommée wújí (無極), durant lequel le Qi originel (yuánqì 元气) était encore un, indifférencié.

Puis cette forme se serait polarisée, se divisant en un pôle yin et un pôle yang pour fonder ce qui est nommé Tàijí (太极), littéralement la « poutre faîtière suprême » du cosmos, clef de voûte de la structure de l’univers.

À partir du tàijí, les combinaisons yin-yang vont se multiplier et varier quasiment à l’infini pour engendrer tout ce qui existe dans l’univers, dans un mouvement permanent de transformation.

La pensée chinoise a traduit ces transformations par 64 hexagrammes, dans le Classique des Mutations ou Yi Jing (易經).

Le Yin Yang

Le terme apparaît dans les textes au 3ème siècle avant J.-C. Dans la philosophie chinoise et notamment le taoïsme, le yin et le yang (l’ubac et l’adret) sont deux catégories qui, par leur complémentarité et leur opposition, se prêtent à une première analyse de tous les phénomènes de la vie et du cosmos. Il ne s’agit pas de substances fondamentales, ni de forces ou énergies, mais simplement d’une paire de concepts qui peut décrire toute dualité (ex. nuit/jour), par analogie. Ainsi le souffle froid, qui est Yin, devient le principe de « ce qui refroidit », au sens propre comme au sens figuré. Ce qui resserre par le gel, fait tomber les fruits, glace l’eau, et ce qui resserre et glace le cœur, sera ainsi, par analogie, le même souffle (ou Qi). Rien n’est qualifié définitivement de Yin ou Yang, puisqu’un attribut varie selon le point de vue. Une eau tiède est yin par rapport à une eau chaude, mais elle sera yang par rapport à une eau froide. Un jour radieux d’hiver est une combinaison de Yin et de Yang. Pas de Yin sans Yang, pas de Yang sans Yin.

LES 5 ELEMENTS : WUXING (apparaît entre le 5ème et le 3ème siècle av. J.-C.)

La notion de wuxing a parfois été traduite par Cinq Éléments, à l’image des quatre éléments constitutifs de l’univers (feu, eau, terre, air) qu’Empédocle avait distingué au 5ème siècle avant J.-C., dans la Grèce Antique. Elle est conçue en réalité en Chine comme cinq processus servant à catégoriser les cycles naturels de conception, naissance, déploiement, déclin et mort. Le terme de 行, xíng, signifie « marcher, aller, agir » et confirme donc leur nature dynamique, car mettre un pied devant l’autre demande un équilibrage constant de petits déséquilibres. Cette analogie mets en avant leur fonction principale: assurer le maintien de l’équilibre Yin/Yang, l’ordre naturel de toute chose.

Ce sont donc les 5 éléments qui traduisent les cycles et transformations du Yin et du Yang. Pour reprendre l’exemple du Qi qui resserre par le froid, fait tomber les fruits, arrête la croissance… et fait aussi serrer le cœur : « Quelle tristesse, voici le vent de l’automne » écrit le poète. L’automne, c’est le moment de l’année où l’on coupe les céréales, on engrange les moissons, on serre la vis sur les fraudeurs et l’on fait tomber les têtes des criminels. Ainsi classe-t-on sous la rubrique Métal : le blanc (éclat du métal qui fauche, couleur des cheveux vieillissants, etc.), l’Ouest (soleil couchant), la tristesse, la sévérité des fonctionnaires, la rigueur du gouvernant, le sens des devoirs, et dans le corps, les poumons, la peau, les poils, la respiration, etc. Si l’on veut rester en bonne santé à cette période de l’année, on se mettra donc en harmonie avec le Qi naturel de l’automne, en choisissant sa nourriture, ses activités, sa disposition intérieure pour qu’ils soient justes, c’est-à-dire en harmonie avec les cycles de la nature.

Rien n’est figé, tout est cycle et équilibre dynamique. Il y a donc le cycle d’engendrement : le Métal enrichit l’Eau, et le cycle de contrôle, le Métal domine le Bois.

Source : Elisabeth Rochat de la Vallée « 101 notions de MTC », et Wikipedia